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dimanche 31 octobre 2010

Incredible trek in India : 2nde semaine

Rappel des faits de la 1ère semaine :

Après un début de voyage mouvementé et mouvant, passé à visiter touristiquement Delhi, Agra, le Taj Mahal... départ pour le trek au nord-est de l'Inde (accéder au billet relatif)

26 sept. au soir : Espérant que ce sera le dernier trajet Delhi – Kathgodam, place est prise dans le train où le plaisir de partir pour le trek est à la hauteur de la crasse des couchettes de 3e catégorie… autant dire ENORME ! Les chaussures de marche, les duvets et les bâtons se languissent un peu dans les gigantesques sacs à dos et se demandent s’ils ne sont pas venus en Inde… just for fun !

27 sept. : Nouvelle arrivée matinale kathgodamesque dans une lumière prometteuse de chauds rayons solaires et nouvelle installation dans le mini-bus où l'on retrouve notre Schumacher, plus que jamais confiant quant à la réussite de la mission qui est la sienne. Les routes semblent avoir subi le lifting minimal requis pour cheminer sans risque à 25 km/h. Vu qu’il y a environ 150 kms pour atteindre Munsyari, cela promet 10, non 12... mieux 14 h de routes à travers des paysages somptueux avec une partie rizicole à faire pâlir d’envie les chaussures de rando. Nous avons largement le temps d’observer les vaches profiter de leur statut sacré pour déambuler où bon leur semble. N’abusent-elles pas de ce privilège, avec leur manie de s’étendre au beau milieu de la route, juste pour bien insister sur le fait qu’elles sont sacrées ? Nous regardons les chiens errants se gratter l’oreille comme s’ils se demandaient ce qu’ils ont bien pu faire dans une vie antérieure pour se retrouver à croupir dans ces villages. Nous contemplons les femmes qui entretiennent la route, cassent des pierres sous le soleil de plomb à grands coups de marteaux, pieds nus, saisissantes de beauté dans leurs saris aux couleurs de pierres précieuses, avec leurs colliers et leurs bracelets. Elles nous adressent des sourires étincelants. C’est comme ça en Inde, les gens sont venus au monde pour accomplir ce genre de dur labeur ; ils n’ont jamais connu que ça. Ils ne doivent pas vivre bien vieux ! Un nouveau profil de l’Inde s’offre à nos yeux toujours avides. Avis aux estomacs sensibles aux sinueux virelots routiers, c’est une grande épreuve que 14 h de route. Certains manifestent tout leur mécontentement durant cette étape. Dormir pour oublier est un remède relativement efficace. A vous d’imaginer la transe de joie et de soulagement à l’arrivée vers 20 heures. Un p’tit diner ? … bof, bof ! L’estomac capitule. Dernière nuit sur un matelas douillet, dernière douche intégrale et chaude. L’excitation du trek accompagne le passage par le pays des songes.

28 sept. : de Munsyari (2100 m) à Lilam (1750 m)

Les chaussures de marche et les bâtons, dépoussiérés de la semaine touristico-culturelle, frétillent. Les muscles aussi ! Bonne nouvelle : cela commence par descendre. Enfin ça c’est sur le papier. Ce serait sans compter la folle mousson qui a pris les routes et les ponts pour un jeu de bowling et qui a fait un max’ de strikes. La journée qui s’annonce comme une mise en jambes facile relève plus d’un parcours militaire pour officiers super entrainés : ça monte et ça descend comme dans un grand-huit, les branches sont des lianes salvatrices, les cailloux et les rochers des marches gargantuesques. La chaleur et la moiteur sont de la partie. On est heureux ! On marche, le trek commence… Incroyable ! Nous atteignons Lilam situé à l’entrée des gorges de la Gauri Ganga. Premiers contacts avec la fabuleuse équipe de porteurs, cuisiniers, helpers (to help en anglais ;c)) emmenée par Surendra notre guide local, et aussi maitre d’orchestre de cette artillerie lourde sans qui toute survie en ces montagnes himalayennes ne serait envisageable.

29 sept. : de Lilam (1750 m) à Bugdiar (2700 m)

Nuit climatologiquement douce sous tentes, petit déjeuner énergisant et savoureux, peu de courbatures. Prêts pour une étape plus longue et normalement moins ardue. Walk and see ! Le chemin bien empierré surplombe les eaux turbulentes de la Gauri Ganga. Ces remarquables gorges sont l’axe principal d’accès à l’Himalaya dans cette partie du Kumaon. La nature a un style très tropical, dense, charnue, verte à souhait. Insectes et oiseaux invisibles entonnent une symphonie de bienvenue à notre passage. Les pauses thés Chai (thé épicé au lait) rythment les heures de marche. Quelle surprise et surtout quelle saveur unique que fut la première tasse ! Qui aurait pensé que dans ces montagnes reculées, une telle pause s’offrirait à nous. En écrivant ces mots, les sensations reviennent en bouche et chaque cellule de mon corps revit ce moment improbable et fabuleux. Arrivée à Bugdiar, passage obligé par la case militaire pour annoncer notre entrée dans la vallée. Campement un peu humide, non pas qu’il pleuve, mais la proximité de la rivière n’est pas neutre. Autant dire que la soupe qui ouvre le jeu des festivités culinaires est chaudement bienveillante. Quelques étirements musculaires permettent d’effacer les traces de cette longue, et finalement assez éprouvante, seconde journée et préparent la suivante.

30 sept. : de Bugdiar (2700 m) à Rilkot (3200 m)

Dans la partie supérieure des gorges, le chemin permet de poursuivre une ascension progressive. Traversant une série de replats, en atteignant Rilkot, nous avons les premières vues sur les imposants sommets qui définissent la frontière entre l’Inde et le Tibet. (environ 20 km à vol d'oiseau) Rendez-vous manqué avec l’ours (roux ?) de l’Himalaya. Nos guides très taquins, Jean-Marie et Patrick, se seraient-ils bien joués de notre crédulité toute relative quant à ce rendez-vous ??! Journée placée sous le signe du passage des 3000 mètres d’altitude. Et séquence émotion baignée de larmes : tant d’émotions rejaillissent en pensant à ma chère Bonne-Maman partie rejoindre la hauteur des cieux en juin, au moment même où ce trek voyait le jour.

A chaque fin de journée, une pause thé gourmande est servie : pop-corn (son goût est très différent de celui grignoté brillamment dans une salle obscure du 7e art), beignets de légumes, biscottes sucrées. On est choyé comme jamais on ne l’aurait imaginé. La barre est placée haute, Jean-Marie et Patrick ! Si un autre trek venait à naître par la suite, la qualité attendue sera au moins la même, les aléas différents mais présents et… la ponctualité de l’ours en sus !

1er oct. : de Rilkot (3200 m) à Mapa (3400 m)

Au-delà de Rilkot, la vallée s’élargit et le chemin empreinte des prairies ouvertes jusqu’au village de Martoli. Les troupeaux de chevaux en liberté offrent une vision presque irlandaise de l’Inde. Avant la fermeture de la frontière entre l’Inde et la Chine en 1962, plusieurs centaines de personnes vivaient à Martoli. Désormais, il est pratiquement désert. Et pourtant, on n’a pas croisé un village plus vivant que celui-ci vu les difficultés rencontrées par ceux qui cherchent un petit coin tranquille pour y déposer leur offrande naturelle. Les maisons construite en pierre sèche (un des livres best-seller sur mon secteur professionnel est la construction en pierre sèche… pensée subtile au monde du travail quitté depuis 6 mois) exhibe de nombreux séchoirs à viande. Une vielle femme fera quantité d'affaires avec ses bonnets angora. La négociation ce jour-là est veine, même pour le plus auvergnat d’entre nous, en mal de négociations théâtrales. Il succombera au regard profond de cette femme. 300 roupies, 5 euros le bonnet garantissant le réchauffement capillaire jusqu’à des températures au-moins très basses, cela reste une affaire !

Établissement du campement à Mapa pour deux nuits. C’est l’occasion de faire la grande laverie de mi-trek. Ça pendouille et ça sèche sur tous les supports possibles : bâtons de marche, toiles de tentes, sac à dos… Un vrai champ de bataille du sèche-linge. Après plus de 15 jours de voyage, les hommes sont de plus en plus poilus, de plus en plus barbus (heureusement ce n’est pas notre cas :c)). Et cela leur va bien !

2 oct. : camp de base de la Nanda Devi (presque 4000 m)

2h30 du matin (23h en France) : bip, biip, biiiiiiiip ! C'est quoi ce bruit qui vient me sortir d'un rêve fantasmagorique de paysages enneigés ?? ’Ah, oui, c'est l'heure de troquer la tenue de Bibendum de nuit (bonnet, 3 pulls, 2 pantalons 2 paires de chaussettes et duvet) en randonneuse de nuit (bonnet, gants, écharpe, 2 pulls, 1 pantalon, 1 paire de chaussette , 1 veste. Quelle différence au final si ce n'est le duvet qui n'a pas pris part à l'expédition ?). Le grand jour est arrivé, le grand rendez-vous avec une déesse joyeuse, chère Nanda Devi. (Dé)-Raison même de ce trek, somptueuse montagne, pares-toi de ton plus lumineux sari, des irréductibles gaulois viennent te voir, t’admirer et s’émouvoir à tes pieds !

3 heures de marche en pleine nuit scintillante, 3 heures où les sens en éveil captent différemment la marche. Les 3 heures de marche « les plus jouissives » qu’il m’aura été donné de faire : THE experience of THE trek !! Vers 6 heures, aux lueurs du jour, la majestueuse révèle ses courbes géométriques, un M à l’envers. Séance photos. On avance encore un peu, le temps que les rayons du soleil maquillent la grande dame, cette princesse. Puis c’est l’enchantement, le ravissement, l’extase. Elle est au rendez-vous (pas comme l’ours ;c)). L’émotion de chacun est visible, palpable en version XXL. Les yeux s’humidifient. On s’embrasse, heureux d’y être arrivé si facilement !! Les aléas du début du séjour ont peut-être amplifiés les sentiments qui nous submergent. Oui, c’est le pied ! C’est génial ! Comme pour le Taj Mahal, difficile de trouver les mots pour exprimer le ressenti, le plaisir d’être là. Re-séances photos. Le soleil continue son avancée sur la Nanda Devi et nous la nôtre jusqu’au camp de base. De là, le groupe va chercher d'autres sommets de plaisir ... toujours plus haut, vers 4200 m. Pendant ce temps, je m’offre une séance relaxo-méditative des plus reposantes au camp de base. Où comment élever corps et âme sans essoufflement ni muscles tendus comme un élastique jusqu’à au moins… 7816 mètres, au sommet de la Nanda Devi.

Après un déjeuner de midi à 10h (quand on vous dit qu'en Inde, tout est différent, surtout l'échelle des horaires), retour au camp à Mapa avec découverte de ce qui a été gravi en pleine nuit. Bizarrement, c’était plus facile la nuit. Les muscles d’Aude subissant le contre-coup de tant d’émotions physiques se déchirent dans la descente. L’occasion aux guides de montrer – une nouvelle fois – tout le professionnalisme chargé dans leurs sacs à dos. Et l’occasion pour Aude de faire montre d’une force mentale à la hauteur des sommets environnants .L’histoire ne dit pas si elle préférait tout simplement s’offrir une descente escortée par quatre charmants hommes velus des montagnes ;c). Fin de journée, soirée et nuit partagées entre inquiétude physique (irons-nous, ou pas, au Ralam à 4700 m : that is the question. Et tout est question de muscles) et émerveillement de l’ascension joyeuse, point culminant du trek !

Voir l'album photo correspondant

Billet de la 1ère semaine

Billet de la 3eme semaine

3 commentaires:

  1. Valérie,

    On en a parlé dimanche mais là grâce à toi, j'ai , regardé tes photos, le temps de lire tes bons et très beaux mots, partagé tes émotions et comprends la phrase, l'Inde on l'aime ou on l'a déteste. Par contre, navrée de te le dire mais petite joueuse sur la boue... ;-D

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  2. Chère Anonyme,

    C'est bien vrai, j'ai été une petite joueuse. D'ailleurs, si tu souhaites lever le masque de l'anonymat, tu auras droit à un combat debout (de boue) ;c)

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  3. Je pense que tu m'as reconnu je suis ta pourvoyeuse de bâtons de rando.
    Quand tu veux pour le combat debout!!!!! Bises. Sandrine

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